Neelia se concentre sur une délicate broderie, c'est un ouvrage très particulier pour elle : la robe de mariée de Vivia. Sa grande s½ur l'a soutenue tout au long de ces dernières années, toujours prête pour éponger ses larmes, la prendre dans ses bras, lui apporter soutien et réconfort. La sélénienne est très heureuse que sa s½ur ait trouvé le bonheur, elle a aussi envie d'y participer et ce travail sera son cadeau pour la mariée. Elle s'entend très bien avec son futur beau-frère qui est absolument charmant. Dylim apprécie aussi beaucoup Neelia et il est toujours le premier à se proposer pour lui rendre service. L'entraide fait partie des m½urs à Galen.
La jeune femme sent soudain un tiraillement le long de sa jupe : une petite main en agrippe le fin tissu de soie, tentant d'attirer son attention.
- Oui, ma chérie !
- Dis, je peux te poser une question ?
- Bien sûr, mon ange !
- Pourquoi tout le monde a les yeux bleu-vert, sauf moi !
La jeune femme se lève, abandonnant son ouvrage et s'accroupit plongeant ses yeux dans les prunelles chocolat de l'enfant :
- Tu as les yeux de ton père, ma chérie !
- Mon papa, il est où ?
- Dans le monde des humains !
- Est-ce qu'il m'aime ?
- Il t'aimerait sûrement, fait-elle en l'embrassant tendrement.
- Et toi, tu l'aimes ?
- De tout mon c½ur, murmure-t-elle à travers ses larmes.
- Je veux le voir !
- Je......
- Je t'en supplie ......
- Es-tu bien sûre de le vouloir ?
- Oui, il est temps !
Comprenant que sa fille ne la laissera pas en paix tant qu'elle ne sera pas satisfaite, Neelia se dit qu'il serait peut-être temps. Elle sait qu'il se rend chaque année depuis six ans sur le lieu de leur rencontre, elle a compris qu'il regrette profondément. Souvent la jeune femme s'approche le plus près possible du rivage sans oser se montrer. Son amour pour lui est intact, mais la peur la retient et il y a sa fille. Avant, elle était trop jeune, maintenant elle a plus de six ans, ce qui équivaut chez les humains à douze ans, le mental des séléniens évoluant deux fois plus rapidement.
Dans deux jours, Bill rentrera en Allemagne, cette fois il a bien réfléchi, ce sera vraiment son dernier voyage, elle a dû l'oublier depuis le temps, refaire sa vie avec un des siens et c'est à un vain espoir qu'il s'accroche. Et pourtant cette femme lui avait prédit que les chemins de leurs âmes seraient remplis de larmes, mais qu'elles finiraient par se tarir, quand viendrait la délivrance. Elle n'avait pas été précise en termes de durée, mais tout de même, six ans, c'est bien long ......
Le chanteur n'en croit pas ses yeux, elle est là devant lui, rayonnante sous la pleine lune, elle tient par la main sa réplique en miniature : une magnifique fillette aux longs cheveux dorés, vêtue d'une robe verte. Son c½ur, gonflé de joie manque de cesser de battre à cette vision, mais il se reprend bien vite et leur dédie son plus beau sourire.
Sa main caresse la joue veloutée de la sélénienne, autant pour s'assurer de sa réelle présence que pour renouer le contact. Il s'accroupit ensuite, se mettant à la hauteur de l'enfant, leurs yeux, si semblables, se fixent. Ce que les mots ne sauraient exprimer, leurs prunelles brillantes s'en chargent.
Tout en lisant dans son c½ur et dans son âme, comme seuls ceux de son peuple savent le faire, la fillette noue ses bras autour de cou de Bill et lui murmure à l'oreille d'une voix flûtée :
- Tu sais, elle t'aime toujours autant !
C'est des étoiles plein les yeux qu'il se redresse, prenant sa fille dans ses bras et sa compagne par la taille pour retourner dans le monde des hommes.
FIN