Que la nuit te soit belle

Chapitre 6



Saki passa la tête par l'entrebâillement de la porte.

- On se bouge, vous avez juste le t
emps de grignoter un petit quelque chose, de commencer à vous préparer, les portes ouvriront à 17 h, il y a des fans qui attendent depuis l'aube et la file dépasse le kilomètre !

- Ah bon c'est à ce point
?

- Tu sais bien frérot qu'elles sont toutes amour
euses de toi et de ta belle voix !

- Parle pour toi
, elles te font toutes du charme !

- Décidemment vous deux, toujours à vous chamailler !

Laissant les
garçons à leurs préparatifs, Saki, comme à chaque fois, prit le temps de tout vérifier. Tous les autres gardes étaient à leur poste, les portes bien fermées, aucune groupie cachée dans aucun placard...c'est qu'elles sont imaginatives quand il s'agit d'essayer de rencontrer le groupe.....

Un petit tour sur
scène pour une dernière vérification, tout est en place.

Des cris hystériqu
es lui annoncent l'ouverture des portes de la salle, une nuée de filles se précipite pour être le plus près possible de la scène, malgré les nombreux avertissements de la sécurité :

- ON NE COURT PAS !

Il n'y a pas plus sourd qu'
une fan accro aux Tokio Hotel : faisant fi des recommandations, elles courent quand même.

La salle se
remplit à vue d'½il, en même temps que le niveau sonore augmente, entre les cris, les chants et la musique en fond sonore, il faut s'accrocher.

Déjà quelques évacuations de fans, la chaleur, le manque d'ea
u, le stress !... Saki passe aussi par l'infirmerie, le personnel médical est sur le pied de guerre.

D
e l'eau est gracieusement offerte par la sécurité, aux pauvres fans des premiers rangs, au bord de l'évanouissement. C'est à peine suffisant.

- Plus qu'une heure les garçons !

Du côté des membres du grou
pe, l'excitation est à son comble. Il n'y a rien de plus stimulant que les cris des fans et leur plaisir d'être sur scène n'en est que plus palpable, ils adorent cela.

Qui n'adorerait pas ?

Chacun se prép
are à sa façon, Tom écoute de la musique le casque vissé sur la tête, Gustav médite tranquillement dans son coin, tandis que Bill et Georg peinent à maîtriser leur trac et papotent de tout et de rien, histoire de se vider la tête.

Le grand moment !
Les lumières de la salle s'éteignent, les fumigènes ouvrent le bal, les spot
s prennent le relais, les cris redoublent, le décor se soulève et c'est par Übers Ende der Welt que commence une heure et demie de communion entre la musique et le public, un moment magique, un moment hors du temps, aussi bien pour le groupe, que pour le public.

Les chansons se succèdent à un rythme effréné, toute la salle vibre au rythme de la musique et r
eprend en coeur les refrains pour le plus grand plaisir de Bill, pour qui chanter c'est vivre et vivre c'est chanter. Tom semble comme en extase et donne une émotion particulière au son de ses accords de guitare. Gustav, quant à lui est déchaîné, sa batterie en tremble, lui qui semble plutôt calme, ne l'est plus du tout avec des baguettes dans les mains. La basse de Georg en apporte la touche finale.

Un peu cabotin, comme à son habitude, Bill tient de grands discours à ses f
ans. Il sait parfaitement que peu d'entre elles comprendront, aussi a-t-il appris quelques phrases de base dans la plupart des langues.

- Bonsoir tout le monde !

- Grands cris hystériques

- Ca va ?

- Ouiiiiiiiiiiiiiiiiiiii !!!!!!

- Nou
s sommes très heureux d'être ici ce soir !

- Aaaaaaaaaahhhhhhhhh

Il n'hésite pas à faire chanter le public, qui le sui
t de bon c½ur. Il adore ces moments de partage et son public le lui rend bien. Il se donne à fond, se déplace sur scène à gauche, à droite, grimpe auprès de Gustav, tout est parfaitement rodé, chacun sait où il doit être et à quel moment, il y a toujours un peu d'improvisation, mais moins qu'il n'y paraît de prime abord.


Il n'hésite pas à faire monter sur
scène une jeune fille et à chanter avec elle la fin de Schrei, elle s'en souviendra toute sa vie.

Dans un flamboiement
de confettis d'argent, Ich bin da termine cette soirée, qui pour les fans restera pour toujours gravée dans leur c½urs.

Une ovation salue leur départ de scène et retentit longuement, alors qu'ils ont déjà regagné leur loge.

- Super concer
t !

- Ils sont adorés !

- Nooooon, tu crois ?

- J'adore chanter !

- On le sait ....

- Je vais prendre un peu l'air
.

# Posté le dimanche 04 novembre 2007 22:23

Modifié le jeudi 29 mai 2008 03:07

Que la nuit te soit belle

Chapitre 7



Forte de mon copieux repas de la veille, je planais, tel un oiseau, mon long manteau noir flottant autour de moi. Si vo
us saviez le plaisir que l'on ressent à voler au clair de lune, à être libre, libre......

Je pens
ais encore au jeune homme rencontré la veille, j'en avais même rêvé durant la nuit, je lui parlais et lui confiais ma peine. Quel c½ur pur ! Quelle âme lumineuse ! J'ai ressenti une telle gentillesse en lui, on aurait dit qu'il voulait partager ma souffrance, il me fascinait, mais je ne connaissais que trop bien les risques, le Pouvoir corrompt les âmes les plus pures, il m'en a déjà tant coûté sur l'autel du sacrifice.

Je
perçus au loin les échos d'une musique, la même qui m'avait tant plu, je savais que ce n'était pas raisonnable, mais ce fut plus fort que moi.

Dans une petite cour intérieure, un banc dissimulé sous un saule pleureur semblait m'attendre, je me posais doucement
à proximité et profitais de la musique, quelque peu couverte par d'atroces hurlements féminins, quel dommage !

Je ne comprenais r
ien aux paroles, je reconnus cependant la langue de Goethe, que je n'appréciais pas particulièrement en temps normal, mais chantée par cette voix d'ange, c'était magnifique.

Les yeux fermés, je goûtais au plaisir de la brise sur mon visage, du calme de la nuit..
. La musique avait cessé sans que j'y prenne garde, quand je sentis une présence à mes côtés.

C'était lui, nous restâmes plusieurs
minutes sans parler à nous observer mutuellement. Sa coiffure n'avait pas changé, par contre le maquillage était plus discret, jeans, ceinture cloutée, veste de cuir et ongles noirs.

Je le vis écarquiller des yeux d'étonnement, je me rendis compte que mes cheve
ux ne couvrait pas mes oreilles pointues, je lui souris et remis mes cheveux en place avec un haussement d'épaule.

- Akasha ?

- T
u connais donc mon nom ?

Il me regarda d'un air interrogatif, il ne me comprenait pas

* N'aie pas peur, nous pouvons parler par l
a pensée, ainsi nous nous comprendrons sans peine*

Il sursauta violemment, je posai une main apai
sante sur son épaule, souris et le rassurai mentalement.

* Tu connais donc mon nom ! *
* Oui, je t'ai vue dans un rêve. *
* Je suis désolée, je ne voulais pas te tr
oubler !*
* Je n'étais pas sûre que tu sois réelle ! *
* Je le su
is bel et bien !*
* Au fait, je m'appelle Bill *
* Enchantée Bill,
je suis Akasha, mais tu le sais déjà *
* C'est toi qui chante ? C'est très beau ! *
* Oui, j'écris les chansons et Tom , Georg et
Gustav composent la musique *
* C
'est beau, c'est dommage que je ne comprenne pas *
* Cela parle de la vie, du suicide, de la drogu
e, de l'amour, du divorce... *
* De la souffrance, je comprends pourquoi cela me touche tant *
* Est-ce que tu es un vampire ? Sous
Akasha sur internet.......*
* Non, les vampires cela n'existe pas *
* Pourtant tu es plutôt bizarre ! *
* Et toi donc ! *

On se mit tous les deux à rire,
je me sentais bien en sa compagnie, en confiance. Je lui fis promettre de ne rien révéler de tout ce que je pourrais lui raconter, une sorte de test de confiance. S'il manquait à sa promesse, je le saurais immanquablement.......

J'entrepris de lui raconter l'histoire de mon peuple, il manifesta un grand
étonnement, mais m'écouta jusqu'au bout sans m'interrompre et sans que je ne ressente de scepticisme dans son esprit. A la fin, je me tus et le laissais libre de m'interroger.

* Tu es la première de la Lignée ? *
* Non, je ne s
uis pas née du peuple, j'ai reçu le Don de l'une des dernières encore en vie de la Première Lignée, je n'ai pas 200 000 ans, mais j'ai connu l'Atlantide et ce n'est pas une légende.....
A l'origine les nôtres se reproduisaient nor
malement, quand ils étaient encore mi-chauve-souris, mi-humain. Lorsqu'ils furent quasi humains ils ne le pouvaient plus, car leur métabolisme était trop lent, vivre éternellement et se reproduire ce n'est pas possible, c'est là qu'apparut le Don.
Le Don, c'est un partage total, non seulement du sang, mai
s de l'esprit, on boit le sang en ne laissant qu'un souffle de vie, on le métabolise et le réinjecte, à ce moment la mémoire de la race sera transmise, la mutation
génétique s'accomplira et les âmes, les pensées du donneur et du receveur seront liées pour l'éternité *

* Tu as déjà partagé le Don *
* Oui,
c'était, il y a bien bien longtemps, je l'aimais tellement ...*

Je me mis à pleurer doucement, Bill me prit la main dans une vaine tentative de réconfo
rt

* Il n'a pas respecté la Règle d'Or des nôtres : vivre dans l'ombre, il a voulu dominer les humains, dominer le monde, il se croyait invincible, j'ét
ais responsable de lui, puisque je lui avais fait le Don, j'ai dû....*

Mes larmes coulèrent de plus belle...

* J'ai dû le tuer des mes propres mains *
pensais-je très doucement
* J'en ai tellement souffert que depuis, je suis re
stée seule, cela fait bien longtemps, plus de 5000 ans, les autres, tous les autres ont péri au cours des millénaires, ils se sont entretués ou ont été tués par des humains.
Il est très difficile de nous détruire, mais pas imposs
ible *

Il me serra dans ses bras et me berça doucement en chantonnant......l'aube commençait à poindre, il valait mieux que je parte. Je lui rappelais s
a promesse, il me dit qu'il ne cachait rien à son frère jumeau, ainsi qu'à Georg et Gustav.

* S'ils parlent, ce sera peut-être ma perte et tu en seras r
esponsable, réfléchis bien aux conséquences... *

Je m'en allais, le laissant pensif sur le banc, non sans lui avoir promis que l'on se reverrait bientôt
.

# Posté le dimanche 04 novembre 2007 22:24

Modifié le lundi 29 décembre 2008 01:31

Que la nuit te soit belle

Chapitre 8



Bill rejoignit les loges et se fit houspiller par Saki, très fâché de sa disparition.

- C'est
quatre heures du matin, tu étais où ?

- Je me promenais !

- Tout seul, sans gar
de, tu sais que tu ne dois pas et encore moins sans prévenir ! Tout le monde était inquiet, surtout Tom, en plus tu ne répondais pas sur ton portable !

- Je l'avais oublié

- A quoi ça se
rt d'en avoir un, si c'est pour l'oublier ?

- Je pren
ds vite mes affaires !

- Pas besoin, on a déjà mis toutes tes affaires dans le bus qui aurait dû partir dep
uis plusieurs heures

Bill
fila sans demander son reste avant une autre leçon de morale. À peine eut-il franchi la porte, qu'il fut assailli par une tornade de questions.

- T'étais où ?

- T'as fais quoi ?

- T'as
couché avec une groupie ?

- J'ai juste été faire un tour et je n'ai pas vu le temps passer, je suis désolé,
je suis crevé, je vais me coucher.

Non seulement il était fatigué, mais il espé
rait ainsi échapper aux questions de ses amis et de son frère. Il fallait qu'il réfléchisse : tout leur révéler ou se taire ? Quel dilemme, quelle responsabilité !

Sa nuit fut entrecoupée
de rêves et de cauchemars. Au petit matin, enfin vers 10 heures pour lui, il se réveilla sa décision prise : il se confierait à Tom uniquement, il fallait qu'il partage ça et son frère jumeau serait le plus à même de le comprendre et de le conseiller.

Ce soir pas de
concert, il faut bien que le groupe se repose un peu, une tournée c'est très fatigant, deux à trois soirs de concerts de suite au maximum et au moins un jour de repos, voire plus, donc quartier libre.

Durant l'après
midi, il s'arrangea pour être seul avec Tom et lui raconta en détail sa soirée, Tom se moqua de lui :

- T
u t'es fait mener en bateau par une groupie !

- Non, je te jure que non !

- Elle te l'a joué mystérieux po
ur que tu succombes à son charme !

- Elle m'a parlé d
ans ma tête !

- Ben voyons, tu as encore abusé de vod
ka !

- Je n'avais rien bu, d'ailleurs elle m'a promis de revenir, je veux que tu la rencontres.

- Je te p
rouverai que c'est un canular !

L'après-midi s'acheva par un interminable shopping, interminable surtout po
ur Georg et Gustav, Bill et Tom s'en donnaient à c½ur joie, les deux gardes chargés de leur protection se retrouvèrent vite noyés par les sacs de boutique de fringues et autres babioles.

Ils s'arrêtèrent dans une petite pizzeria, peu
fréquentée, pour dîner en toute discrétion. Hélas quand on s'appelle Tokio Hotel, ce n'est pas chose aisée, une jeune fille les reconnut, vint leur demander un autographe, ils jugèrent plus prudent de prendre des pizzas à emporter et de filer avant un raz-de-marée de fans hystériques.

La plupart du temps, leur bus aménagé prend la route vers minuit, afin de profiter du cal
me de la nuit pour rouler, pour éviter aussi les courses poursuites avec les fans ou les taxis. Le lendemain étant une journée libre, ils choisirent de faire un peu de tourisme, à mi-chemin du lieu du prochain concert et de ne s'y rendre que la nuit suivante.

Par cette belle nuit étoilée, ils firent halte près d'un étang, en lisière de forêt, à l'écart de tout. Laissant Ge
org et Gustav jouer aux cartes, Bill et Tom s'en vont vadrouiller au bord de l'eau, un bain de minuit peut-être.....

Quand il
s furent hors de vue du bus :

* Bonsoir Bill, bonsoir Tom *

* Bonsoir Akasha * pensa gentiment Bill, alors que Tom réfrénai
t un sursaut.

Ils se retournèrent de concert pour me voir flottant à un mètre du sol, tout de noir vêtue, les cheveux aux ven
ts, ma peau opalescente luisait à la lueur des étoiles.

- Ben ça alors, dit Tom qui n'en croyait pas ses yeux !

- Il te faut
parler par la pensée, elle ne te comprend pas.

- Détrompez-vous, je vous comprends parfaitement.

- Mais hier tu m'as dit q
ue tu ne parlais pas allemand !

- Hier, c'était hier, depuis j'ai appris.

- Quoi en une journée ?

- Pour moi, c'est facile
et cela sera moins perturbant pour vous.

Je descendis jusqu'à
toucher le sol et marchai jusqu'à eux, Tom m'observait, je ressentais sa méfiance, je lui souris, il vit mes crocs et mes oreilles, je perçus alors de la peur : pour lui et pour Bill

- Ne
me crains point, je ne te veux pas de mal.

- Tu es dangereuse !

- Non, je ne suis pas un danger pour vous, c'est vous qui
êtes un danger pour moi.

Ma réponse laissa Tom très perplexe, mais je sentais que je n'aurai jamais avec lui, la même relatio
n qu'avec Bill, qui était plus ouvert au fantastique et à la magie, donc plus apte à m'accepter. Tom était plus terre à terre.

# Posté le dimanche 04 novembre 2007 22:25

Modifié le samedi 23 mai 2009 00:20

Que la nuit te soit belle

Chapitre 9



Quand je fus partie, Tom et Bill se disputèrent violemment à
mon sujet.

- T'es dingue, elle n'est pas humaine !

- Elle souffre, elle est gentille.

- Elle te manipule et veut quelque chose de toi !

- E
lle ne m'a rien demandé !

- Ça va v
enir, tu ne perds rien pour attendre !

- Mais pourquoi tu vois le mal partout ?

- Je ne vois pas le mal pa
rtout, je suis réaliste, moi ! J'ai les pieds sur terre, pas comme certains.

- Tu es jaloux !

- Jaloux de quoi ? Qu'une horrible créature se s
oit entichée de toi ?

- Elle n'est pas horrible, elle est belle !

- Il
te faut des lunettes ma parole! Tu n'as pas vu ses oreilles en pointes et ses crocs! On dirait Dracula en fille !

- Et alors, peut-être que no
us aussi pour elle on est horrible ?

- Là n'est pas la question, elle e
st dangereuse.

- Je te dis que non !

- Je te dis que oui !

Gustav et
Georg, attirés par le bruit de la dispute arrivèrent sur ces entrefaites et assistèrent à la fin de ladite querelle.

- Ça va pas, on vous enten
d à un kilomètre !

- Qui est dangereuse ?

- Akasha, répondit Tom.

- D
'abord un ce n'est pas vrai et de deux, la ferme! C'est personnel.

- On
ne comprend rien à ce que vous racontez.

- Bill s'est entiché d'un vam
pire !

- C'est même pas vrai ! Et t
a promesse ?

- Ils ont le droit de
savoir, on est un groupe, on est amis!

- Je sais, mais je voulais que c
ela reste entre jumeaux pour le moment.

- C'est trop grave !

- Mais qu
'est-ce qui est si grave, demandèrent en ch½ur Gustav et Georg.

Et Tom
leur raconta tout, les confidences de Bill, la rencontre avec Akasha, sa vraie nature, ses pouvoirs, devant un Bill, atterré par la trahison de son frère. Il aurait fini par tout leur raconter, mais il attendait encore un peu, il pensait préparer le terrain. Il savait bien qu'il était le seul du groupe capable d'accepter Akasha sans condition, sans peur, pour ce qu'elle était, mais de là à ce que son propre frère, son jumeau, le trahisse.
Il se sentit à la fois en colère et blessé. Il les planta là, s
ans plus de cérémonie, et alla s'enfermer dans le bus.

Tom comprit qu'il s'était mi
s son frère à dos et que ce dernier ne le lui pardonnerait pas. Il ne savait pas s'il devait regretter ou pas cette trahison.

- Je me demande si j'ai bien fait de tou
t vous raconter ? Il m'en veut à mort !

- Nous sommes amis, nous sommes un groupe, n
ous partageons presque tout depuis des années.

- Je sais, mais je l'ai trahi !

- P
our la bonne cause !

- Peut-être, mais il est tellement fâché, j'ai peur qu'il ne m
e pardonne pas.

- Il a toujours fini par te pardonner, tu es son frère.

- Mais cet
te fois, c'est plus grave, je ne l'ai jamais vu dans un état pareil !

- Tu penses v
raiment qu'elle est dangereuse ?

- Tu l'aurais vue planer à un mètre du sol et ses
crocs, brrr, j'en ai encore la chair de poule !

- Il faut en parler à Saki.

- Ça v
a pas vous deux ! Pour le coup Bill, il va péter un câble !

- Qu'est-ce qu'on fait
?

- On prie pour qu'il nous ouvre, on va dormir et on les surveille tous les deux
.

# Posté le mardi 06 novembre 2007 00:48

Modifié le jeudi 29 mai 2008 03:06

Que la nuit te soit belle

Chapitre 10



J'attendais comme souvent, la fin du concert, le moment le plus propice à no
s bavardages nocturnes. Bill filait à l'anglaise et venait me rejoindre pour quelques heures.

Je perçus l'écho d'une violente altercation et un sentiment de malaise m'envahit. E
n quelques secondes, je fus sur les lieux. Bill était étendu au sol, un poignard planté dans la poitrine, animé d'à peine d'un souffle de vie.

Je ne pouvais pas le guérir, le c½u
r était atteint, seul le Don pouvait encore le sauver. Sans perdre de temps, je plantai mes crocs dans sa jugulaire, aspirai presque tout son sang, heureusement le couteau, toujours dans la plaie, avait empêché qu'il en perdît trop, je le métabolisai et le lui retransmis, enrichi des gènes de la Lignée et de régénérescence cellulaire propre à notre race.

Son corps se convulsa : au moment de la mutation, la souffrance est intolérable. Je le se
rrai dans mes bras et ouvrant mon Esprit, je partageai sa douleur, son passé, tandis que de son côté il acquérait toutes les connaissances de la Lignée et celles de ma longue, très longue vie.

Cela se
mbla durer une éternité pour nous, alors que quelques minutes à peine s'étaient écoulées.

Il était trop tard pour revenir en arrière, je priais instamment p
our avoir fait le bon choix et surtout qu'il ne m'en veuille pas ! Peut-être eut-il préféré mourir ?

Je l'observais, tandis qu'il reprenait petit à petit s
es esprits, sa peau était plus pâle, ses oreilles légèrement pointues, moins que les miennes, tant mieux et ses crocs semblables aux miens.

- Ne m'en veux
pas, mais je ne voulais pas te perdre.

- Je
n'étais pas prêt.

- Je ne crois pas que l'on puisse être prêt un jour, on ne se rend co
mpte de tout ce que cela implique, que lorsque l'on a reçu le Don !

- Je préfère rester
seul, va-t-en ....

La mort dans l'âme, je le laissai seul, je le comprenais. J'avais re
ssenti la même souffrance, je m'étais posée les mêmes questions, il y a des cela bien des millénaires.

Il
allait passer des heures à explorer la Mémoire de la Race, afin des trouver des réponses à toutes ses questions et quand il aurait tout assimilé, il me rejoindrait.....

Un nouveau monde allait s'ouvrir à lui
, il aurait l'éternité, il volerait, lirait dans les esprits, pourrait guérir et bien d'autres choses encore, qu'il découvrirait au fil du temps et qu'il apprendrait à maîtriser après avoir sûrement commis quelques impairs, du genre cassage de porte ou gérer une force surhumaine, c'est le plus dur, sans oublier quelques atterrissages tumultueux.

La gestion des capacités de notre race n'est pas innée pour ceux qui
reçoivent le Don, il faut apprendre à les manipuler et en douceur si possible. Je me frottai machinalement l'épaule, souvenir encore présent, d'un malencontreux vol, ayant fini dans un chêne. Depuis j'évite de choisir de me poser dans une toute petite clairière au centre d'une forêt, j'évite même les forêts pour tout dire.

Je rentrai à l'hôtel, sachant qu'il saurait où me trouver, puisque dorénavant ses pensées é
taient miennes et les miennes n'avaient pas plus de secrets pour lui.

Toute la nuit et la journée suiva
nte, les turpitudes de son esprit me tinrent éveillée, j'essayai tant bien que mal d'apaiser ses tourments, mais c'est comme s'il refusait mon aide. Il se complaisait dans la douleur, il regrettait son humanité perdue, mais savait pertinemment que sans le Don, il serait mort. Il devait donc accepter, d'une certaine façon, d'être mort puis revenu à la vie.

Personne ne pouvait le faire pour lui.

Je craignais aussi
la réaction de Tom, il ne m'aimait pas et m'accuserait sûrement d'un quelconque complot et d'être complice de la tentative d'assassinat perpétrée à l'encontre de Bill. J'y étais pourtant totalement étrangère.

# Posté le mercredi 07 novembre 2007 22:34

Modifié le jeudi 29 mai 2008 02:45