Akasha, rentrée à son hôtel, se morfondait ruminant de sombres pensées. Une fois de plus elle se retrouvait rejetée et seule, si seule, trop seule....
Elle passa la journée allongée, sommeillant à moitié, ressassant les derniers événements. Le soir venu, sur un coup de tête, elle empaqueta le strict nécessaire et partit pour un ancien château, dissimulé au centre d'une immense forêt dans une contrée perdue.
Dirgenhar appartenait à la Lignée depuis le moyen âge. Il avait toujours été un refuge, où tout membre de la race était le bienvenu quelle que soit sa lignée, une sorte de no man's land, même en temps de guerre entre clans.
Le vol fut long, mais rien ne vint le troubler. J'arrivais enfin en vue de la forêt, j'approchais du but. Mais pourquoi faut-il qu'il y ait toujours des arbres, pensai-je. La cour était grande, fort heureusement et dépourvue d'arbres, j'y avais veillé.
Dirgenhar n'avait pas changé au cours des siècles, si ce n'était la poussière et les toiles d'araignées, rien que ne puisse arranger un certain pouvoir, dont j'usai avec parcimonie, celui du déplacement mental. L'utiliser sans réfléchir, c'est le meilleur moyen de se retrouver sur le bûcher pour sorcellerie, les objets qui flottent dans l'air tout seuls ont le don de susciter la méfiance chez les humains.
Je me prélassai dans la bibliothèque, lovée dans un confortable fauteuil, bercée par le crépitement du feu dans la cheminée.
Je revis mon enfance en terre atlante, la mort tragique des mes parents. Je fus recueillie par un membre de la Lignée, il me servit de père, de mère, d'ami, il m'a tout appris, il s'appelait Beladhor.
Quand je fus adulte, il partagea le Don et je devins sa fille ; la petite Antinéa devint Akasha !
En ces temps bénis, la Lignée et le peuple atlante faisaient commerce. Ils furent d'ailleurs la seule race à accepter la nôtre et à la respecter. La destruction de l'Atlantide signa la fin de notre collaboration avec la race humaine. Les autres peuples, trop arriérés, avaient si peur des nôtres, qu'ils les tuaient sans même leur laisser une chance de s'expliquer.
Je ne me souviens pas des mes parents, souvent j'avais interrogé Beladhor, qui avait toujours éludé toutes mes questions, dans sa mémoire. Au moment de la fusion, je sus que mes parents avaient été assassinés et qu'il m'avait trouvée cachée dans un coin du Palais. J'ai supposé que j'appartenais à la lignée royale, il ne m'a jamais ni infirmée, ni détrompée.
Il craignait sûrement que je ne cherche vengeance et que je veuille reprendre le trône.... La Règle d'Or : rester dans l'ombre, il fallait suivre notre ligne de conduite.
Je pensais à mon bien-aimé Séthi, mon second amour, après mon père. Je n'avais aimé et fais confiance qu'à deux hommes durant toute mon existence, mon père Belhador, qui m'avait sauvée la vie et Séthi. Son âme si belle m'avait séduite, il était si prévenant, si tendre, je l'aimais tellement......
Voilà qui ne m'a pas servi de leçon : je m'entiche d'un chanteur, qui ressemble à une fille, trouve le moyen de se faire assassiner, me reproche de lui avoir sauvé la vie et d'avoir, en prime, contaminé son frère. Merde, je suis une imbécile! Si je pensais plus avec ma tête qu'avec mon c½ur, je ne souffrirais pas autant.
On dit que le temps adoucit les peines... Plus de 5000 ans que j'ai perdu mon amour et j'en souffre encore. Je décidai tout de même de mettre à profit cet adage.
Je me levai, me dirigeai vers le grand hall, grimpai allégrement la cinquantaine de marches qui me séparait du premier étage, franchis la seconde porte à gauche, pour déboucher dans une splendide chambre, ornée de grandes tentures anciennes, où trônait un lit à baldaquin tout de velours cramoisi. Sous le couvre-lit, de doux draps de soie noire ne demandaient qu'à m'accueillir.
Dissimulée par un paravent, une armoire regorgeant de vêtements, me laisse tout loisir de trouver une tenue à ma convenance. Je jette mon dévolu sur un long déshabillé de dentelle et de soie noire, je me remaquille, me coiffe et ainsi parée me glisse dans le lit.
Je me mets alors en stase, ralentissant encore plus mon métabolisme, telle la Belle au Bois Dormant.
Pour 1 an, pour 100 ans, pour 1000 ans, pour toujours ?